Aller au contenu. | Aller à la navigation

Navigation

Navigation
Menu de navigation
Vous êtes ici : Accueil / Loisirs / Tourisme / Les villages / Pesche / Pesche
Actions sur le document

Pesche

Pesches anno 790

extrait du discours prononcé le 27 mai 1971 sur les origines du village.

 "Peu de communes peuvent s'enorgueillir de voir leur existence attestée par un document d'une aussi vénérable antiquité. De fait, cet acte est daté du 3 septembre de l'année 790.

 Nous sommes au temps de Charlemagne qui n'est pas encore empereur, puisqu'il ne le deviendra qu'à la Noël de l'an 800. Charlemagne gouverne l'Europe occidentale, appelée alors le royaume des Francs. Ce royaume est divisé en comtés ou pays; les comtés ou pays sont divisés en vicairies ; enfin, les vicairies sont subdivisées en centaines. C'est ainsi que l'Entre- Sambre-et-Meuse appartient au comté ou pays de Lomme, du nom d'une vieille tribu gauloise, les Lomaci, dont une forteresse se trouvait sur la Roche à Lomme, non loin d'ici, à Dourbes. Le Sud de l'Entre-Sambre-et-Meuse appartient à la vicairie de Chimay. Enfin, Pesche appartient sans doute à la centaine de Couvin.

 Donc, en l'année 790, Pesche existe. Ses centaines d'hectares de bois appartiennent à l'Etat. Quant aux habitants, certains sont des hommes libres, d'autres, des hommes demi-Iibres. Parmi les hommes libres, se trouve un certain FOLRAD. Il n'est pas marié, il n'a ni femme, ni enfant. Mais il possède trois manses trois-quarts. Un manse, c'est une exploitation rurale de 12 à 15 hectares. Au total, il possède donc une cinquantaine d'hectares et il doit en être fier. Il exploite ses terres, mais il sait se faire aider. Il a à son service quatre personnes de condition servile; des demi-Iibres : deux hommes et deux femmes. Ils s'appellent Evremond, Anselme, Deda et Bernuit.

 D'autre part, Folrad est un chrétien qui pense au salut de son âme. Il pense aussi à chercher un protecteur pour ses terres. Il sait qu'à Couvin résident des moines bénédictins venus récemment de Paris où ils appartiennent à l'abbaye de la Sainte Croix et de St-Vincent, fondée par l'évêque St-Germain. A Couvin, ils habitent un prieuré.  Folrad se met en relation avec eux, leur expose son souhait. Il fait même venir un moine à Pesche pour rédiger un acte de donation de ses terres. Il discute avec ce moine. Ils se mettent d'accord. Folrad va donner ses manses à l'église abbatiale de Paris qui est dédiée à deux diacres martyrs, le diacre Etienne de Jérusalem et le diacre Vincent, martyr de Saragosse, en Espagne. Par ailleurs, dans cette église repose le corps de son fondateur, St Germain, évêque de Paris. Cependant,  il faut prendre garde à certaines clauses, à certaines stipulations de la donation. D'abord, c'est un précaire, c'est-à-dire un acte par lequel le bienfaiteur donne la nue propriété de son bien, en se réservant l'usufruit, c'est-à- dire la jouissance. Ensuite, Folrad réserve les droits de son épouse et de ses enfants, s'il lui arrive de se marier.

 Ainsi le propriétaire de Pesche et le moine bénédictin sont tombés d'accord. Il est temps de rédiger l'acte. Folrad ne sait pas écrire. Il sait parler: il parle un langage intermédiaire entre le latin et le français, un dialecte roman, mais il ne sait pas écrire C'est le Bénédictin qui rédige et il le fait en latin, selon la coutume de l'époque. Puis il le fait signer d'une croix par Folrad, puis par sept témoins. Voici les noms de ces témoins: Engrannus, Vuolvo, Hemmeline, Rotbolt, Hector, Amolrus et Christian. Ces sept témoins ne sont pas nécessairement de Pesche.

 Avant de vous donner lecture de l'acte, je dois retracer en quelques mots son histoire. Comment nous est-il parvenu ? Il a dû être fait en deux exemplaires: l'un pour Folrad, l'autre pour l'abbaye parisienne.

 L'exemplaire de Folrad est sûrement perdu. Mais l'exemplaire de l'abbaye a été conservé à Paris par celle-ci jusqu'à la Révolution française, donc pendant un millier d'années. Puis, vers les années 1790-1800, il a été transféré aux Archives Nationales, à Paris toujours. En 1845, un archiviste français, H.-L. Bordier, le lit, l'explique brièvement et ajoute: " Nous ne savons pas quelle est cette localité, PESCO ,'. Heureusement, un archiviste belge, un certain M. Wauters, a eu connaissance du document et identifie Pesco et Pesche. Un second archiviste, Mr Poupardin, le publie en 1909. Plus tard, deux historiens belges, le chanoine Roland et Mr Félix Rousseau le résument en quelques phrases. Hélàs ! l'original nous est parvenu dans un mauvais état. Il y a des déchirures. Certains mots sont presque complètement effacés et donc illisibles. !

 

Je vous donne lecture de la traduction :

 - L'ACTE DE FOLRAD EN DATE DU 3 SEPTEMBRE 790

 " Au nom de Dieu, moi, Folrad, réfléchissant sur les déficiences de ce siècle et sur la vie éphémère, pour autant que mon âme y trouve un accroissement de récompense... (un passage illisible et donc intraduisible), je veux céder certains biens à des lieux saints, c'est-à-dire à l'église des saints martyrs Etienne et Vincent, où repose le bienheureux " pontife et évêque Germain, église située dans un faubourg " de Paris; à cette condition que, aussi longtemps que je vivrai, et si je me marie et s'il naît un fils ou une fille, à condition que les propriétés qui m'appartiennent, qui se trouvent " dans le pays de Lomme, dans le village appelé Pesche, que ces propriétés je les conserve en manière (en forme) de précaire c'est-à-dire deux manses et demi, comme il a été dit plus haut, aussi longtemps que je vivrai, moi et mon épouse si j'en ai une et si elle a un fils ou une fille, qu'ils continuent à les posséder.

Quant à moi, Folrad, en vertu du droit d'hérédité, les biens qui me viennent de mon père et de mon grand-père, je les donne au monastère susdit, où repose le bienheureux Germain, c'est-à-dire une manse et un quart, à condition qu'après ma mort, l'une de ces personnes, mon épouse ou mon fils ou ma fille en (sera le possesseur) conservera la possession.

 En plus, je donne aussi quatre serfs (mancipia) appelés : Evrem (undus), Anselm, Deda, Bernuit.

 S'il arrive que quelqu'un de mes proches ou une personne étrangère essaie ou veuille mettre obstacle à ceci, qu'il encoure la colère de Dieu tout-puissant et qu'il ne puisse réaliser son projet; en plus, qu'il paie 10 livres d'or.

 Et afin que cet acte de précaire subsiste avec plus de solidité, j'ai voulu le confirmer de mes propres mains et j'ai or-

 donné que soient ajoutées les signatures des témoins suivants : la marque (? signum) de Folrad que j'ai attestée de ma propre main.

 Signum Engran (ni) -Vuolvo -Hemmeline -Rotbolt -Hector …Amolr -Crist...

 Actum Pesco, villa puplica, ubi levata, sub die III non-sept- anno XXII regante domino nostro Karolo rege.

 Fait à Pesche, domaine royal, le 3e jour des nones de septembre, la 22e année du règne de notre souverain, le roi Charles.

 

Est-il encore nécessaire, après cette lecture, de souligner l'importance de ce document ? Rappelez-vous qu'il s'agit d'un original qui remonte à l'année 790, au temps où Charlemagne n'était que roi des Francs. Pensez qu'à la Bibliothèque royale de Bruxelles, le plus ancien document original conservé date de l'année 1050.

 Il existe plus de 2.000 communes en Belgique, en comptant Ies grandes villes. Aucune ne peut s'ennorgueillir de posséder un acte original qui la mentionne à une époque aussi éloignée. Sans doute, le village de Donck en Campine limbourgeoise est cité en 743, mais l'acte conservé n'est qu'une copie du XIème siècle. Le document de Pesche conservé à Paris a plus de 1.200 années d'existence.

 Abbé Eugène HERBECQ, Aumônier adjoint du Couvent de Pesches

 

P.S. L'acte lui-même se trouve aux Archives Nationales, Paris, 60, rue des Francs Bourgeois, Paris (IIIème arrondissement) section Historique L. N°1196"